À quoi sert l’autorisation de conduite
L’autorisation de conduite matérialise une décision de l’employeur : il atteste avoir vérifié qu’un salarié nommément désigné peut conduire tel équipement, sur tel site, en sécurité. Elle engage donc sa responsabilité. L’article R.4323-56 impose de la tenir à la disposition de l’inspection du travail et des agents de prévention de la Carsat, de la Cramif ou de la CGSS.
Elle est exigée pour les engins de chantier télécommandés ou à conducteur porté, les plates-formes élévatrices mobiles de personnes, les chariots automoteurs à conducteur porté, les grues mobiles, les grues à tour et les grues auxiliaires de chargement. Le cadre général est présenté dans le guide obligations de l’employeur.
Les trois conditions de l’arrêté du 26 septembre 2025
L’article 3 de l’arrêté prévoit que l’autorisation est établie et délivrée par le chef d’établissement sur la base d’une évaluation qu’il effectue. Cette évaluation prend en compte trois éléments, tous nécessaires.
1. L’aptitude médicale
Depuis le 1er octobre 2025, le conducteur doit détenir une attestation d’absence de contre-indications médicales à la conduite, délivrée par le médecin du travail et valable cinq ans (décret n° 2025-355 du 18 avril 2025). L’employeur en garde une copie. Un avis d’aptitude délivré avant cette date vaut attestation pendant cinq ans à compter de son émission. La recommandation R.482B conseille de faire cette vérification avant d’engager la formation, puisqu’elle sera de toute façon exigée pour l’autorisation.
2. Le contrôle des connaissances et du savoir-faire
Selon la recommandation R.482B, l’employeur s’assure que le salarié est titulaire du CACES approprié à la catégorie d’engins, ou d’un diplôme, titre ou certificat qui en dispense, ou à défaut d’une attestation de réussite à une évaluation des connaissances et du savoir-faire. La liste des diplômes ouvrant dispense est publiée par l’INRS. Pour un engin exclu du champ des CACES, par exemple une pelle araignée ou une trancheuse, une formation et une évaluation adaptées restent obligatoires et doivent être tracées.
3. La connaissance des lieux et des instructions
C’est la condition que seul l’employeur peut remplir, et la plus souvent négligée. Elle recouvre le protocole de sécurité, le plan de prévention, le plan de circulation, les consignes de l’entreprise et les règles de conduite des engins. La R.482B précise qu’un changement de site, même pour des travaux ponctuels, oblige à communiquer les informations propres au nouveau site avant le début des travaux : plan de circulation, plan de prévention, PPSPS, protocole de sécurité.
Le contenu du document, ligne par ligne
Aucun texte n’impose de formulaire. L’annexe 7 de la recommandation R.482B fournit un modèle dont la structure peut être reprise pour toutes les familles d’équipements. Le tableau ci-dessous en décrit les rubriques.
| Rubrique | Contenu attendu | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Signataire | Nom, prénom et fonction du chef d’entreprise ou du délégataire | Le délégataire doit disposer d’une délégation réelle : autorité, compétence et moyens |
| Entreprise | Raison ou dénomination sociale | Pour un intérimaire, l’entreprise utilisatrice |
| Conducteur | Nom, prénom et fonction du salarié | Document nominatif, un par conducteur |
| Aptitude médicale | Date de la déclaration d’aptitude ou de l’attestation | Reporter la date d’échéance à cinq ans dans le tableau de suivi |
| CACES détenus | Recommandation, catégorie, options, date de délivrance, organisme testeur certifié | Contrôler l’original et la date d’échéance |
| Connaissance des lieux | Mention que le salarié connaît les lieux et les instructions des sites d’utilisation | Conserver la preuve de l’accueil : émargement, livret, plan de circulation remis |
| Engins autorisés | Liste des engins, de préférence avec leur identifiant de parc | Ne jamais écrire « tous engins » : l’autorisation est spécifique à une catégorie |
| Date et validité | Date de délivrance et date limite de validité | La date limite est « à définir par l’employeur » |
| Signature | Cachet de l’entreprise et signature du chef d’entreprise ou du délégataire | La contresignature du salarié, non exigée, est une bonne pratique |
La recommandation précise que chaque autorisation est spécifique à une catégorie d’engins. Lorsqu’un même salarié en détient plusieurs, elles sont de préférence regroupées sur un seul document. Un format carte, que le conducteur garde sur lui, facilite les contrôles sur chantier ; l’original reste au dossier du salarié.
La procédure de délivrance, étape par étape
Quel engin, quelle catégorie, quels équipements interchangeables, quels sites.
Attestation d’absence de contre-indications en cours de validité.
Formation adaptée puis CACES de la bonne catégorie, ou évaluation interne tracée.
Consignes, plan de circulation, zones interdites, réseaux, coactivité.
Document daté, signé, remis au salarié ; copie au dossier.
Échéances médicales et CACES, changements d’engin ou de site, incidents.
Quelle durée de validité ?
La réglementation ne fixe aucune durée. L’INRS l’indique expressément : l’employeur doit s’assurer que les conditions de délivrance sont réunies à tout moment. Le modèle de la R.482B porte la mention « date limite de validité à définir par l’employeur ».
Deux pratiques coexistent. La première consiste à caler la date limite sur l’échéance la plus proche entre le CACES et l’attestation médicale. La seconde retient une durée courte, souvent un an, avec une revue annuelle des conducteurs. Dans les deux cas, l’autorisation devient caduque dès qu’une condition disparaît : CACES expiré, attestation médicale échue, départ du salarié, changement d’engin non couvert.
À chaque changement d’équipement ou d’équipement interchangeable, à chaque nouveau site, en cas de problème de santé signalé, après une longue période sans conduite, après une évolution technique de l’engin ou si des manquements aux règles de conduite sont constatés. La R.482B prévoit alors une réactualisation des connaissances avant de repasser, si besoin, les épreuves du CACES.
Retrait et suspension
La recommandation R.482B le formule sans détour : l’employeur peut à tout moment retirer l’autorisation de conduite. Le retrait n’est pas une sanction disciplinaire en soi. C’est une mesure de prévention, qui découle de l’obligation générale de sécurité de l’article L.4121-1 du Code du travail.
Les motifs habituels sont la conduite dangereuse constatée, l’accident ou le presque-accident en cours d’analyse, la restriction médicale, l’expiration d’un justificatif. Il est conseillé de notifier le retrait par écrit, d’en indiquer le motif factuel et de préciser les conditions de rétablissement : formation complémentaire, nouvelle évaluation, visite médicale. Le salarié est affecté à d’autres tâches dans l’intervalle.
Cas particuliers à anticiper
- Engins compacts : la détention d’un CACES R.482 de catégorie B1, C1, D ou E permet au chef d’entreprise de délivrer, sous sa propre responsabilité, une autorisation pour les engins compacts du même type, après une formation adéquate et l’évaluation correspondante. Un titulaire de la catégorie B1 peut ainsi être autorisé sur une pelle de 6 tonnes ou moins.
- Télécommande et porte-engins : ces usages supposent l’option correspondante sur le CACES. Le chargement sur porte-engins est inclus d’office dans les catégories A et G.
- Équipements interchangeables : une formation complémentaire et une évaluation sont généralement nécessaires. Si l’équipement fait changer l’engin de famille, par exemple une nacelle sur un chariot télescopique, la R.482B demande le CACES R.482 catégorie F et le CACES R.486 catégorie B, ou à défaut une évaluation complémentaire fondée sur la R.486.
- Permis de conduire : le CACES ne dispense pas du permis lorsque l’engin en nécessite un pour circuler sur la voie publique.
- Intérimaires et entreprises extérieures : les règles de délivrance changent. Elles sont détaillées dans le guide intérimaires et sous-traitants.
Pour les conducteurs de pelles et d’engins de transport, la formation CACES R482 catégories B1 et E de FerroTalents aborde l’autorisation de conduite dès le module théorique. Les dates ouvertes figurent sur la page sessions.
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Questions fréquentes
Existe-t-il un formulaire officiel d’autorisation de conduite ?
Non. Aucun Cerfa n’existe. Les recommandations CACES proposent un modèle en annexe (annexe 7 de la R.482B pour les engins de chantier). L’essentiel est que le document soit nominatif, qu’il liste précisément les engins autorisés, qu’il mentionne les trois vérifications et qu’il soit daté et signé par l’employeur ou son délégataire.
L’autorisation de conduite est-elle valable chez un autre employeur ?
Non. Elle est propre à l’entreprise qui l’a délivrée, car elle repose en partie sur la connaissance des sites et des consignes de cette entreprise. Le CACES et l’attestation médicale suivent le salarié ; l’autorisation doit être refaite.
Peut-on délivrer une autorisation sans CACES ?
Oui, juridiquement. L’arrêté du 26 septembre 2025 exige un contrôle des connaissances et du savoir-faire, sans imposer le CACES. L’employeur qui choisit une évaluation interne doit en maîtriser le contenu, la durée, les moyens et la qualification de l’évaluateur, et en garder la trace écrite.
Qui peut signer à la place du chef d’entreprise ?
Un délégataire : directeur d’agence, conducteur de travaux principal, responsable de parc. La délégation doit être réelle, c’est-à-dire confiée à une personne dotée de l’autorité, de la compétence et des moyens nécessaires. Il est prudent de la formaliser par écrit.
Faut-il refaire l’autorisation après un recyclage CACES ?
Oui, a minima pour mettre à jour les références du certificat et la date limite de validité. C’est aussi l’occasion de vérifier l’attestation médicale et de réactualiser l’information sur les sites.